Santé

Quand gynécologie rime avec violences

#PayeTonUtérus, #MonPostPartum : À Lannion comme partout en France, des femmes ont décidé de dénoncer les violences obstétricales et gynécologiques qu’elles subissent. Une vague de témoignages qui fait réagir le milieu médical.

« Mes draps n’ont pas été changé après l’accouchement. Je suis restée pendant deux jours dans mon propre sang », explique Sylvie* qui a donné naissance à une petite fille fin août 2018. Au Centre Hospitalier Louis-Pasteur, à côté de Chartres, elle a subi une épisiotomie, acte chirurgical consistant à ouvrir le périnée pour faciliter la sortie du bébé. « J’ai accepté mais mon choix n’était pas éclairé. Mon travail a duré plus de 10 heures, j’étais épuisée, je voulais que ça s’arrête. »

Après l’accouchement, elle n’a reçu aucun examen post-natal et lorsqu’elle a alerté le personnel de sa souffrance, la sage-femme lui a donné un Doliprane, lui disant : “Mais c’est rien du tout ça” à propos de ses 17 points de suture.

De l’accouchement au suivi gynécologique

Episiotomie non-consentie ou paroles brutales, ces violences peuvent prendre différentes formes.

A Lannion, Myriam Chevé, étudiante à l’IUT, se remémore de manière douloureuse son premier examen gynécologique. « Il a commencé par un toucher mammaire d’une brutalité sans nom et pendant qu’il me touchait les seins il m’a demandé si ça faisait mal quand ça tapait dans le fond. ».  

Anna*, étudiante alors âgée de 17 ans, a dû se rendre à l’hôpital Sud à Rennes après un malaise. « J’ai été transféré en gynécologie sans qu’on m’explique pourquoi. Le médecin m’a alors dit “Fais pas ta timide, retire ta culotte et allonge-toi ”, explique la jeune fille. Il m’a ensuite inséré un spéculum, ça me faisait mal, je me suis mise à pleurer. Il m’a alors dit “Tu es pénible, il faut que ça rentre. ”

Un label contre les violences

A l’hôpital de Lannion, le taux d’épisiotomie était de 43 % pour un premier enfant, en 2016. Un taux largement supérieur à la moyenne. Solange Collet-Bitho, responsable du pôle en gynécologie-obstétrique au centre hospitalier, explique que « l’hôpital fait son maximum pour diminuer le taux d’épisiotomie. Nous avons fait la demande pour obtenir le label Maternys qui met au centre de ses préoccupations la bientraitance des femmes. ». 

Ce label, mis en place par le Syndicat national des gynécologues, veut mettre un terme aux violences obstétricales dans les maternités. Pour cela, plusieurs items sont à respecter tels que la transparence sur les actes réalisés (césariennes, épisiotomies) et le respect des formations du personnel.

Des répercussions sur la vie quotidienne 

Des mesures indispensables de la part des hôpitaux car derrière ces violences gynécologiques se cachent des répercussions à vie, beaucoup plus silencieuses.

Tétanisée par ce qu’elle a vécu, Anna* n’a plus pris de rendez-vous chez le gynécologue pendant sept ans. Mais aujourd’hui, elle a réussi à trouver “un cabinet exceptionnel” à Paris. “Enfin un cabinet à l’écoute des femmes et de leur volonté”, ajoute-t-elle. Une peur partagée par Sylvie* qui, après son accouchement, a dû faire face à une réelle phobie médicale qui affecte « le présent et l’avenir ».

*Les prénoms ont été changés

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